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20090601

Diracs plastiques

Le Cube de Giacometti, stèle mortuaire et transitive à la figuration, n'en est pas un : il s'agit d'un polyèdre à douze faces dont l'inspiration vient au sculpteur depuis les tréfonds de la mélancolie de Dürer et celle du deuil de son père survenue en 1933.
Le Cube se fait la formulation d'une crise, la manifestation en équilibre à peine de l'ébranlement de la certitude de la figuration. La mort du père commence à élimer les contours du corps qui s'érodera davantage avec le drame de la guerre. Tout a été dit par le grand Didi-Huberman sur le cube et sur le visage, cependant demeure la question de la stabilité de ce motif sculptural.
En effet, il est avant toute chose l'écran stéréotomique des vagabondages des humeurs noires de l'alter ego féminin de Dürer :
Pendant crypté du livre, le polyèdre est répété frénétiquement par Anselm Kiefer comme icône de la mélancolie :




 Anselm Kiefer, Melancholia in 1988, again in 1989, and 1991, 2006.

Le polyèdre est aussi cité dans son dénuement par Claudio Parmiggiani :

Signe suprême d'aura médiatique du motif, le polyèdre de Dürer est cité par les post-modernes. Quelques exemples parmi d'autres :
FURER & SERRATI (Anny Serratti et Jean-Sébastien Furer), La Mélancolie, 2012. 
Béton et métal recouvert de tartan, 180 x 180 x 180cm.


 John Cornu, Melencolia (multiple), 2011 
Béton. Env. 20 × 25 × 16 cm chq. 25 exemplaires, édition CNEAI

Cette stabilité iconographique est soutenue par la puissance de ce volume complexe, stable et chancelant tout à la fois. Si le cube est, à ces débuts gravés, symbole des arts libéraux et de la grandeur de l'esprit, c'est à Platon qu'on doit attribuer sa paternité et c'est dans la théorie des formes qu'on peut trouver une interprétation. Pour l'auteur du Parménide, la forme géométrique (cercle, carré, triangle) ne saurait exister dans la nature tant sa pureté et sa perfection ne peut être qu'intellectuellement saisissable.
En conséquence, l'irrégularité du dodécaèdre est humaine, et dans le contexte endeuillé de Giacometti, symbole de la précarité de la matière. Pour autant, à la théorie des formes fait pendant celle des solides, unités archétypales définies par Platon pour leurs particularités géométriques : chacun des volumes possède des faces au même nombre d'arrêtes et aux proportions identiques et s'affuble d'une signification mystique. Les cinq polyèdres (le tétraèdre, le cube, l'octaèdre, le dodécaèdre et l'icosaèdre) sont inscriptibles dans une sphère forcément cosmogonique et celui qui nous intéresse symbolise l'univers, comme en témoigne ce dessin de la fin du XVIe siècle de Keppler.


Or le Cube n'est pas un dé régulier et le hasard, comme le deuil jamais aboli, y est encore pipé davantage par sa versatilité baroque. L'univers n'est plus harmonique, il est difforme de cruauté. Ainsi, ces bavardages mathématiques issus d'une conversation nocturne avec un ingénieur génial, aboutit à une conclusion convenue et sage, se clôt sur un consensus : le Cube, fixant la finitude humaine dans l'éloignement conceptuel du titre (indexant la perfection) et de sa matérialité (accusant l'imperfection), dans le blasphème métaphysique jeté aux solides platoniciens, est phénomène et très probablement, à en croire Bonnefoy, phénoménal.

 Stéphane Mallarmé, Un Coup de dés jamais n'abolira le hasard, 1897

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