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20100508

Chuck Close Up

Les semaines à venir ne vont pas me laisser le temps de noircir l'écran. En attendant d'avoir un peu d'ampleur, un petit conseil rapide pour le mois de mai : allez donc faire un tour à la Galerie Xippas et saluez les icônes d'autoportraits de Chuck Close (jusqu'au 22 mai) pour moi qui suis loin, très loin (1h20), quelque part à l'Est.


Attention peinture fraîche : empruntez le Varini (à gauche) qui vient d'être installé dans l'escalier séparant la galerie Xippas de Yvon Lambert, vous arriverez sous la verrière où l'exposition dévoile une série d'autoportraits photographiques de Chuck Close (tirage unique) ainsi que quelques portraits (Roy Lichtenstein rieur ou Jasper Johns foudroyant) reprenant le même schème.
 Le dispositif des autoportraits est toujours absolument le même. Mec sans épaule, dude à barbe sur fond plus ou moins sombre
Le grain est cinglant et sonore. Toujours le même visage et sans arrêt la même attitude échancrée entre la désinvolture et la résignation prise au sérieux.


Ses yeux vus te regardent en face même s’il ne te regarde pas toi : ils se matent eux-mêmes. Les lunettes et l'ombre fumeuse des sourcils en témoignent.
Dans les portraits de l'artiste, la démarche est proprement narcissique car le photographe investit quelque chose comme de la libido esthétique sur lui-même, et plus précisément sur son image. Aussi les costumes sont-ils conformes à la représentation idéale que l'artiste se fait de qui il est. Pas vraiment chic, le phantasme de Chuck : une chemise à carreaux (la même que Daniel Johnston), un air de banalité nord-américaine, des lunettes. C'est la figure de l'artiste pauvre qui est convoqué ici parce que la pauvreté est un creux assurant la porosité.



L’exercice de style est une litanie à la pénibilité dissolue dans la répétition espacée : chez Xippas, vous pourrez scruter l'évolution de Close de l'allure vintage distanciée par un cadrage moins gourmand de 1987 à la maturité du visage de 2009. Un autoportrait photographique ne fonctionne pas comme celui d’un peintre : l’homme à la palette, s’affaire, alterne les temps d’observation et ceux de peinture, peut laisser courir ses propres contrariétés empathiques – la toile se charge de la même densité que le temps de création. En photo, le temps de création à proprement parlé (scandale : je mets ici de côté la conception, le fantasme de la création, la mise en scène, le grimage, les essais et les échecs) est aussi fugace qu’une pensée narcissique (chez une personne normale). Pourtant, la réitération programmée de l'autoportrait fait de la série de Close un work in progress évoquant les démarches d'Opalka ou de Kawara, entre autres. J'évoque ici ces deux noms car Chuck Close partage ici avec eux une pratique de la répétition teintée de morbidité : "La reproduction est le commencement de la mort." (Ulysse, James Joyce, initiateur du work in progress conçu comme tel). Ainsi c'est avec une certaine fluidité que les traits du visages affaissent, que de nouvelles rides apparaissent avec l'écoulement du liquide-temps. 
L'autoportrait est un objet esthétique fascinant : alors que pour autrui, il se donne à voir comme un portrait, l'effet du miroir permettant sa réalisation formelle semble curieusement toujours opérant. La projection s'installe malgré la dissemblance et la neutralité. Bataille a toujours raison : "soi-même ce n’est pas le sujet s’isolant du monde, mais un lieu de communication, de fusion du sujet et de l’objet."(Georges Bataille, L’expérience intérieure)
En comparaison, les portraits d'artistes réalisés par Close révèlent une altérité humaine étrangère aux autoportraits par la saisie des connivences, des attitudes. Le pictorialisme de Chuck Close se vérifie particulièrement dans l'amitié dont fait preuve le grain photographique.

Que vous soyez à Paris ou pas, à New-York ou à Metz, vous pouvez toujours visiter virtuellement l'exposition-performence de la grande Marina Abramovic au Moma aux horaires d'ouverture (j'ai passé plusieurs jours de lenteur sur ce site et suis certaine que vous allez adorer !). Le face à face, théâtralisé, soclé, sidérant, rend phénoménal l'interrogation que formule Chuck Close dans ses autoportraits.


NOTA : les images de ce billet sont de simples captures d'écran du site de la galerie Xippas. Plusieurs raisons : 
- parce que les photographies que j'ai prises dans le Marais sont si crades de mon reflet que j'ai cru avoir une bonne idée en adoptant des angles contradictoires avec le face-à-face (la preuve, à droite : moquez vous !) 
- parce que je ne voulais pas piquer les photos à Xippas.
- parce que l'alignement stricte des autoportraits (visible en galerie) rend lisible l'inscription du programme dans la durée.

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